La méditation “laïque”: une méditation déracinée ?

Tir-à-la-corde

La Mindfulness, ou pleine conscience, est de plus en plus revendiquée comme la méditation laïque, moderne, « purgée » de tout contexte religieux, comme on le prétend parfois. Certains enseignants pensent ainsi détenir une méditation « light », car allégée des rituels propres au bouddhisme. Et certains pratiquants bouddhistes se sentent en retour dépossédés d’une pratique que Jon Kabat Zinn, l’auteur du programme MBSR (Réduction du Stress Basée sur la Mindfulness), aurait selon eux déracinée de son contexte.

La Mindfulness est avant tout un état d’être : une présence ouverte, sans jugement, attentive et empreinte de compassion envers soi-même et les autres. À chaque instant. En cela, elle est le fondement d’une attitude responsable qui permet une réponse saine et créative aux situations que l’on rencontre dans la vie. Et cet état d’être n’appartient ni aux bouddhistes, ni aux enseignants laïques, ni à quelque mouvement que ce soit d’ailleurs. Elle est plutôt le fondement, le dénominateur commun à toute démarche psychologique, spirituelle ou même de développement personnel qui implique notre être dans sa totalité corps-esprit en vue d’une meilleure découverte et compréhension de soi.

Maintenant, que certains bouddhistes se sentent en concurrence avec cette méditation laïque, je trouve cela étonnant… Selon moi, ils devraient plutôt se réjouir et saluer l’avènement du programme MBSR, puisque ce protocole s’appuie sur les traditions du Zen, du yoga et de la méditation Vipassana (en sanskrit : « qui permet de connaître la nature des phénomènes »). Il fut de plus élaboré en lien avec des scientifiques et de nombreux maitres bouddhistes. Jon et son équipe ont ainsi précisément ciselé une approche laïque de la méditation pour apaiser des souffrances que la médecine traditionnelle ne pouvait soulager. Théoriquement, nous ne sommes ici même pas à l’orée d’un chemin menant à l’éveil du Bouddha, car les instructions profondes du Vipassana ne sont pas données dans ce cadre.
Quant aux enseignants de cette méditation “laïque” qui semblent oublier que cette pratique s’enracine dans une tradition millénaire, peut-être pourraient-ils se souvenir qu’en aucun cas elle n’est une fin en soi. Telle qu’elle est enseignée, elle n’a pas pour vocation première de reconnaitre la nature ultime de l’esprit (de Bouddha), éveillée, que chacun de nous possède, mais bien de réduire le stress au sens large. Extraire cette méditation de son contexte ne peut se faire sans admettre que ses visées et le bonheur qu’elle offre sont plus relatifs et immédiats.

Toutefois, il arrive que des pratiquants, lorsqu’ils s’approchent du caractère insondable et mystérieux de leur esprit par une pratique de la Mindfulness bien accompagnée, trouvent une porte d’entrée vers un sens plus profond d’eux-mêmes. Alors seulement, les instructions s’appuyant sur le Vipassana, délivrées dans un autre cadre, peuvent leur permettre d’approfondir ce qu’ils ont pressenti dans leur pratique.

François Granger

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